
La désinfection de haut niveau des dispositifs médicaux est essentielle à la sécurité des patients. Toutefois, son efficacité repose sur une étape préalable cruciale : le nettoyage. Cette étape manuelle élimine les souillures visibles et les matières organiques. Si ces dernières persistent, l’étape désinfectante peut être compromise.
Tous les fabricants, qu’ils conçoivent des solutions désinfectantes manuelles ou automatisées, s’accordent sur ce point. Le nettoyage est une étape préalable indispensable à la désinfection de haut niveau.
Que disent les recommandations ?
Un nettoyage minutieux est indispensable avant toute désinfection de haut niveau, car la présence de résidus organiques ou inorganiques peut protéger les micro-organismes et réduire l’efficacité de l’étape de désinfection.
Le nettoyage consiste généralement à appliquer un détergent à l’aide d’une lingette (lingette pré-imprégnée ou application d’un détergent sur une lingette). Le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) définit ce procédé comme l’association d’un « fluide et d’une friction » 1.
La désinfection varie-t-elle en fonction du dispositif ?
Les dispositifs médicaux réutilisables présentent une tolérance variable à la chaleur. Leur conception et leur niveau de risque clinique déterminent comment le nettoyage et la désinfection sont effectués. On distingue généralement trois catégories :

Dispositifs thermorésistants : instruments chirurgicaux ou endoscopes rigides nettoyés manuellement puis stérilisés à la vapeur ou au plasma de peroxyde d’hydrogène.

Dispositifs thermosensibles à multiples canaux, tels que les endoscopes flexibles : nettoyage manuel avec irrigation des canaux, suivi d’une DHN automatisée dans un laveur-désinfecteur d’endoscopes (LDE).

Dispositifs thermosensibles sans canal, comme les sondes échographiques ou les endoscopes simples : nettoyage manuel puis désinfection par automate, immersion ou essuyage manuel.
Malgré ces différences, le nettoyage approfondi des dispositifs médicaux réutilisables demeure une exigence universelle. Un nettoyage minutieux est préalable à une désinfection réussie.
Un dispositif sans canal opérateur est-il plus facile à nettoyer ?
Les sondes échographiques sont plus faciles à nettoyer et à désinfecter que les endoscopes avec plusieurs canaux. En effet, elles n’ont pas de canal opérateur et sont plus petites.
Cependant, les sondes endocavitaires présentent des indentations (guides d’aiguille, rainures autour de l’extrémité et de la base) susceptibles de loger des contaminants et de favoriser la formation de biofilms en cas de mauvais nettoyage.
Cela dit, la surface d’une sonde endocavitaire n’excède pas celle d’une feuille A5. Avec une formation appropriée et de l’attention, le nettoyage s’effectue simplement.
L’automatisation peut-elle remplacer l’essuyage manuel ?
Les technologies automatisées telles que la lumière UV-C ou les systèmes au peroxyde d’hydrogène assurent une désinfection de haut niveau des sondes échographiques, mais elles ne nettoient pas. Les automates dépendent d’un nettoyage manuel, réalisé en dehors de leur contrôle. Cette dépendance critique à l’opérateur peut être négligée.
De nombreux fabricants demeurent imprécis quant à l’étape de nettoyage, ce qui peut représenter un facteur de risque. Il est pourtant essentiel que chaque fournisseur établisse et valide une étape de nettoyage, et ce pour deux raisons principales :
- Éviter l’incompatibilité entre les produits : en l’absence de directives, les utilisateurs peuvent choisir un détergent inadapté. Le produit choisi peut endommager le dispositif médical qui est ensuite exposé à d’autres chimies ou technologies.
- Garantir la qualité du nettoyage préalable : dans le cas de la désinfection par UV-C, la présence de résidus (gel, matière organique ou eau) peut entraîner la formation de zones d’ombre, empêchant la pénétration uniforme des rayons UV et réduisant l’efficacité de la désinfection.
Des protocoles de nettoyage clairs et validés sont essentiels pour garantir que le dispositif médical réutilisable soit correctement retraité.
Qu’est-ce que le phénomène d’ombrage et faut-il s’en préoccuper ?
L’ombrage désigne toute obstruction empêchant la lumière UV-C d’atteindre la surface d’un dispositif médical, compromettant ainsi l’efficacité de la désinfection. Ce phénomène peut être causé par des résidus de gel, de muqueuses, de détergents ou par des gouttelettes d’eau après un rinçage.
Les zones mal nettoyées, notamment sur les sondes endocavitaires, sont vulnérables au phénomène de l’ombrage. Si une sonde reste souillée, la lumière UV ne pourra pas compenser ce défaut. Le nettoyage n’est donc pas une option, mais un préalable indispensable à l’étape de désinfection.

L’UV-C pour désinfecter les dispositifs médicaux
Découvrez les limites et incertitudes de l’UV-C : absence de normes, risques de dégradation des surfaces, problématiques d’ombrage et de nettoyage, et l’importance d’une évaluation rigoureuse avant utilisation.
Valider son protocole de désinfection
Il vaut mieux choisir un protocole sûr qui inclut et valide le nettoyage, la désinfection et la traçabilité. Si l’étape de nettoyage est clairement prescrite ou intégrée à la procédure, l’opérateur peut être rassuré quant à son efficacité.
Les bonnes pratiques recommandent d’utiliser un agent détergent qui :
- Porte le marquage CE pour les dispositifs médicaux ;
- S’intègre dans les registres de traçabilité ;
- Dispose de l’approbation du fabricant du dispositif ;
- Est compatible avec le désinfectant de haut niveau choisi.
Ces critères garantissent la qualité du produit, la conformité réglementaire et la compatibilité.
À retenir : le nettoyage est une étape déterminante de toute désinfection. Réalisé manuellement, il conditionne l’efficacité de la procédure.
L’essuyage manuel n’est pas une simple routine, mais un acte critique : sans nettoyage adéquat, aucune désinfection n’est pleinement efficace.
Si l’automatisation apporte une certaine constance, la supervision humaine reste indispensable. Bien formée et équipée, la main de l’opérateur demeure l’un des outils les plus fiables pour prévenir les infections.
Références:
1 Centers for Disease Control and Prevention. Guideline for Disinfection and Sterilization in Healthcare Facilities, 2008. Updated June 2024. Available from: https://www.cdc.gov/infection-control/media/pdfs/Guideline-Disinfection-H.pdf.