Sous le microscope : les EPC

  • 8 Minutes
Sous le microscope

Fiche pathogène

EPC

Entérobactéries productrices de carbapénémases

Type

Bacilles à Gram négatif

Exemples

Klebsiella pneumoniae, E. coli, Enterobacter spp.

Résistance aux

Carbapénèmes, antibiotiques de dernier recours

Statut OMS

Priorité critique

Les entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC) sont des bacilles à Gram négatif, parmi lesquels Klebsiella pneumoniae, Escherichia coli et des espèces du genre Enterobacter, qui produisent des enzymes appelées carbapénémases. Ces enzymes hydrolysent les carbapénèmes, des antibiotiques généralement réservés au traitement de dernier recours des infections sévères.

Les infections causées par les EPC peuvent donc être difficiles à traiter en raison de la forte résistance de ces bactéries aux antibiotiques. Les EPC font partie des entérobactéries résistantes aux carbapénèmes, que l’OMS classe parmi les pathogènes résistants aux antimicrobiens de priorité critique.

EPC et ERC : quelle différence ?

ERCEPC

Les ERC (entérobactéries résistantes aux carbapénèmes) désignent toutes les entérobactéries résistantes aux carbapénèmes, quel que soit le mécanisme.

Les EPC constituent un sous-groupe des ERC, dont la résistance est due spécifiquement à la production de carbapénémases.

Toutes les EPC sont des ERC, mais toutes les ERC ne sont pas des EPC.

Les EPC présentent un risque de transmission plus élevé, car les gènes codant les carbapénémases se diffusent rapidement à d’autres bactéries par l’intermédiaire de plasmides.

Où trouve-t-on les EPC en milieu de soins ?

Les EPC colonisent principalement le tube digestif et sont excrétées dans les selles.

En milieu de soins, les EPC peuvent contaminer les surfaces, les sanitaires partagés, les équipements et les zones humides comme les lavabos, les douches et les siphons, qui deviennent des réservoirs persistants.

Lavabo et siphon en milieu hospitalier, réservoir fréquent d'entérobactéries productrices de carbapénémases
Les lavabos, les siphons et les zones d’éclaboussures peuvent devenir des réservoirs persistants d’EPC.
?Le saviez-vous ?Les EPC peuvent persister longtemps dans l’environnement de soins.En savoir plus

Leur capacité à survivre dans l’environnement et à se propager par les réseaux d’eau et d’évacuation permet aux EPC de persister en l’absence de mesures de prévention du risque infectieux efficaces.

Quelles infections les EPC provoquent-elles ?

De nombreuses personnes sont colonisées par des EPC sans présenter de symptômes. Les infections causées par les EPC sont toutefois associées à une morbidité et à une mortalité élevées en raison du nombre limité d’antibiotiques efficaces.

Colonisation

De nombreuses personnes sont porteuses d’EPC sans aucun symptôme.

→

Infection

Si les bactéries atteignent des sites normalement stériles, elles peuvent provoquer des infections sévères :

BactériémiesPneumoniesInfections urinairesInfections de plaies et infections du site opératoire

Comment les EPC se transmettent-elles ?

Les EPC se transmettent de diverses façons :

Voies de transmission

1Contact direct avec des personnes colonisées ou infectées
2Mains contaminées des soignants (manuportage)
3Surfaces fréquemment touchées : barrières de lit, sonnettes d’appel, chasses d’eau, poignées de porte
4Sanitaires partagés, chaises percées et locaux sanitaires
5Lavabos, siphons et zones d’éclaboussures contaminés
6Dispositifs médicaux et équipements partagés insuffisamment désinfectés
7Transferts de patients sans transmission du statut EPC
Main gantée d'un soignant posée sur une barrière de lit d'hôpital
Les surfaces fréquemment touchées à proximité du patient, comme les barrières de lit et les sonnettes d’appel, sont des voies de transmission courantes.
?Le saviez-vous ?Les environnements humides présentent un risque particulièrement élevé de transmission durable des EPC.En savoir plus

Les points d’eau et les zones humides, comme les lavabos, les siphons et les zones d’éclaboussures, peuvent constituer des sources persistantes d’EPC.

Pourquoi les EPC représentent-elles une menace majeure ?

Niveau de menace

Cinq raisons qui rendent les EPC si dangereuses

Résistance extrême aux antibiotiques, touchant plusieurs familles

Gènes de résistance transférables portés par des plasmides

Persistance environnementale, en particulier dans les réseaux d’eau et les canalisations

Fort potentiel épidémique dans les établissements de santé et médico-sociaux

Mortalité accrue liée au nombre limité d’options thérapeutiques

?Le saviez-vous ?Les EPC peuvent se diffuser à bas bruit.En savoir plus

Les patients peuvent rester colonisés longtemps sans symptômes, ce qui peut entraîner une diffusion silencieuse au sein des établissements de santé.

Comment prévenir la transmission des EPC ?

Les mesures suivantes permettent de réduire la pression de colonisation et d’éviter l’extension des épidémies.

Les mesures d’hygiène

Sept mesures complémentaires

Soignants

  • Hygiène des mains
  • Précautions complémentaires contact : gants, tablier ou surblouse, et matériel dédié

Patients

  • Chambre individuelle ou regroupement organisé des patients porteurs d’EPC
  • Dépistage systématique des patients à risque ou récemment hospitalisés
  • Transmission claire du statut EPC lors des transferts entre établissements

Environnement

  • Bionettoyage renforcé avec des désinfectants qui ont une activité bactéricide
  • Gestion rigoureuse du risque lié aux lavabos et aux siphons, notamment en limitant les éclaboussures
Soignant se lavant les mains à un lavabo de soins
L’hygiène des mains est l’une des sept mesures de prévention qui agissent ensemble pour stopper la diffusion des EPC.

Comment lutter contre les EPC ?

Les désinfectants avec une activité bactéricide sont essentiels pour lutter contre les EPC. Les bonnes pratiques recommandent d’utiliser un désinfectant de haut niveau, doté d’une efficacité biocide robuste à large spectre, capable de détruire un certain nombre de spores bactériennes, la plupart des spores fongiques, toutes les bactéries végétatives courantes, les mycobactéries, les levures et les virus.

Les désinfectants de haut niveau contribuent à prévenir la transmission des entérobactéries productrices de carbapénémases et d’autres pathogènes d’un patient à l’autre, tout en protégeant les professionnels de santé lors des soins courants.

Nettoyage d'une surface de soins avec une lingette désinfectante
Les désinfectants avec une activité bactéricide sont essentiels dans la lutte contre les EPC.

Testez vos connaissances

3 questions

Choisissez une réponse pour voir si vous avez vu juste.

Question 1. Quelle affirmation concernant les EPC et les ERC est exacte ?

AToutes les ERC sont des EPC

Pas tout à fait. Toutes les ERC ne produisent pas de carbapénémase : la résistance peut être due à d’autres mécanismes.

BToutes les EPC sont des ERC

Bonne réponse. Les EPC sont un sous-groupe des ERC dont la résistance est due aux carbapénémases.

CLes EPC et les ERC n’ont aucun lien

Pas tout à fait. Elles sont étroitement liées : les EPC font partie du groupe plus large des ERC.

Question 2. Quel site les EPC colonisent-elles principalement ?

ALa peau

Pas tout à fait. Les mains peuvent véhiculer des EPC après un contact, mais celles-ci colonisent principalement le tube digestif.

BLes voies respiratoires

Pas tout à fait. Les EPC peuvent provoquer des pneumonies, mais leur principal site de colonisation est le tube digestif.

CLe tube digestif

Bonne réponse. Les EPC colonisent principalement le tube digestif et sont excrétées dans les selles.

Question 3. Quel environnement constitue une source particulièrement à risque de transmission des EPC ?

ALes lavabos, les siphons et les zones humides

Bonne réponse. Les points d’eau et les environnements humides peuvent devenir des réservoirs persistants.

BLes sols secs des couloirs

Pas tout à fait. Les sols comptent, mais ce sont surtout les environnements humides qui posent problème.

CLes bureaux du personnel

Pas tout à fait. Les zones les plus à risque sont les environnements humides situés à proximité des patients.

À retenir

Les entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC) possèdent des enzymes qui inactivent les carbapénèmes, antibiotiques de dernier recours.

Toutes les EPC sont des ERC, mais les EPC présentent un risque de transmission plus élevé, car les gènes de carbapénémases se diffusent à d’autres bactéries par l’intermédiaire de plasmides.

Les lavabos, les douches, les siphons et les autres zones humides peuvent devenir des réservoirs persistants d’EPC.

La prévention repose sur un ensemble de mesures d’hygiène complémentaires, dont une désinfection efficace.

Références et lectures complémentaires (5)
  1. Organisation mondiale de la Santé (2017). Guidelines for the prevention and control of carbapenem-resistant Enterobacteriaceae, Acinetobacter baumannii and Pseudomonas aeruginosa in health care facilities. Consulté le 11 février 2026.
  2. Organisation mondiale de la Santé (2024). WHO Bacterial Priority Pathogens List 2024.
  3. Centers for Disease Control and Prevention (2024). About CRE.
  4. Northern Lincolnshire and Goole NHS Foundation Trust (2025). Carbapenemase Producing Enterobacteriaceae (CPE). Consulté le 11 février 2026.
  5. Cambridge University Hospitals NHS Foundation Trust (2024). Information about Carbapenemase Producing Enterobacteriaceae (CPE). Consulté le 11 février 2026.